"Les mots ne disent pas toujours ce qu'ils pensent et ne pensent pas toujours ce qu'ils disent..."

 

Les mots de l'estime de soi


La valorisation est le maître mot qui correspond à ce qu’on nomme l’estime de soi. Ce qui est valorisé est estimé. Ce qui est dévalorisé est méprisé. Le majeur gauche est le siège symbolique de l’estime de soi. Orné d’une bague, il indique une estime de soi fragilisée et un besoin de plaire. Mais l’estime de soi passe surtout par l’usage de certains mots, expressions idiomatiques ou de certaines formulations qui la stimulent. Quand vous vous observez dans un miroir, le reflet de ce que vous voyez est une image subjective en deux dimensions qui ne rend pas le relief de votre corps ou de votre visage. L’estime de soi est une sorte de relief de votre personnalité et de vos compétences qui appartiennent en priorité à la confiance en soi. Estime et confiance sont les deux piliers de l’équilibre psychique. Mais pour que l’estime de soi soutienne votre équilibre affectif, il est indispensable de choisir les mots qui la nourriront...


 

Essayer, un verbe qui ne fait rien que semblant

 

Ceux qui "essayent" à tous les coins de phrase, ne s’impliquent qu'à titre très exceptionnel. Ils échouent la plupart du temps dans leurs entreprises ou abandonnent avant la ligne d’arrivée. Le verbe essayer est le verbe de la simulation. Observons-le d’un peu plus près.

 
Lorsque vous essayez un vêtement dans une boutique de prêt-à-porter rien ne vous oblige à l’acheter, à rémunérer le temps de la vendeuse. Vous avez le droit de ne pas vous engager. Quand un concessionnaire vous tend les clefs d’une voiture neuve, vous vous engagez à l’essayer, à la tester, pas à passer à la caisse. « Je vais faire un petit essai » est une manière comme une autre de prendre son pied sans en payer le prix. Si votre ami vous propose d’essayer de vivre ensemble, ne lui donnez jamais les clefs de votre appart’, vous vous éviterez bien des déceptions à venir. Tout ce qui est du ressort de l’essai est assimilé dans l’esprit de tout le monde à un tour de piste pour rien.


Les essayeurs en paroles sont légion. Vous êtes cerné. De plus, ils associent souvent ce verbe au verbe aller, champion toutes catégories de la procrastination: « Je vais essayer », formule de la démotivation par excellence et de l’échec annoncé.  

Etre attentif à l’usage courant de ce verbe banal à pleurer n’est pas une sinécure, je vous l’accorde. Les mots franchissent la frontière de vos lèvres sans que vous en ayez véritablement conscience. Il ne s’agit pas de s’écouter parler avec componction mais de censurer les formulations contaminées avant qu’elles ne s’expriment à votre insu. 

Gardez en mémoire que celui qui essaie ne prend aucun risque. Il ne s’engage pas. Il s’expose le plus souvent à de multiples déboires. Le verbe essayer est porteur du virus de l’échec parce qu'il contamine votre confiance en soi, affaiblit vos convictions, handicape votre capacité d’investissement. Le tout, sans l’ombre d’un sentiment de culpabilité. En parfaite bonne conscience, il vous évite de prendre la responsabilité d’une réussite trop encombrante. Et il vous épargne le stress de devoir la pérenniser. Si vous faites partie des "essayeurs" majoritaires, prenez conscience de la pollution de ce verbe dans son usage connoté, il s'estompera de lui-même pour autant que vous choisissiez votre camp. Soit vous décidez de faire, soit de ne pas faire, ça c'est à vous de voir. Mais vous n'essayez pas d'arrêter d'essayer...

 

Je sens déjà que vous écouterez d'une autre oreille les discours de nos politiques ;-)

 

"Entre guillemets"

Pourquoi entre guillemets ?

Quel rôle jouent les guillemets dans le discours ?

Selon les règles de la ponctuation, le rôle essentiel des guillemets est de marquer le changement d’auteur du discours. Les guillemets encadrent donc essentiellement les citations.

Revenons au tic verbal, si vous le voulez bien. Que se passe-t-il dans l’esprit de celui ou de celle qui ponctue son discours par des guillemets ? Précaution oratoire ? Peut-être, mais pas seulement.

Les adeptes des guillemets sont la plupart du temps des individus qui ont peur de s’affirmer ou d’affirmer leurs opinions. C'est comme s'ils renoncaient à s’approprier leurs propos. Ils accordent à un autre moi virtuel la responsabilité des phrases qu’ils prononcent.

Conséquences : Confiance en soi défaillante, les guillemets dépersonnalisent ceux qui en abusent.

"Penser", le verbe qui ne réfléchit pas plus loin que le bout de son nez....

L’usage intensif du verbe « penser » est un signe de soumission à la pensée unique qui prévaut !

Celui qui "pense" à répétition ne réfléchit guère aux conséquences de ses propos souvent formatés. Les "penseurs" en parole sont la plupart du temps des acteurs stériles.

A force de « penser que » ils finissent par oublier « d’agir pour ». Et ils plombent leurs propos d’une force d’inertie sans perspective d’avenir. Le pouvoir de la pensée est tel qu’il hypothèque tout passage à l’acte. La pensée est confortable et sécurisante car elle n’oblige jamais le penseur à agir autrement qu’en pensée. « Je pense, donc je suis ! »

Avons-nous le choix des mots ? 

Les termes que nous utilisons ne sont pas de simples outils d'expression, ce sont aussi des vecteurs d'émotions. Ces émotions véhiculées par nos mots peuvent être, tour à tour, positives ou négatives, gratifiantes ou dévalorisantes, stimulantes ou démotivantes. La confiance et l'estime de soi dépendent étroitement de ces émotions, donc de la qualité de nos propos. 

Le discours contaminé est l'un des modes privilégiés de l'éducation. Les adultes exigent la vérité des enfants mais n'hésitent pas à abuser du mensonge pour se faire obéir. On commence par des menaces sans fondements et on finit par perdre toute crédibilité aux yeux de ses enfants. 

Chantages, petits mensonges, messages disqualifiants, préjugés, sont quelques-unes des armes de rigueur pour communiquer et obtenir satisfaction de nos désirs. Ce sont ces messages "anodins" qui constituent la base même du dialogue. Des refrains verbaux pervers dont nous nous faisons l'écho par imprudence, abusant notre entourage incapable de se protéger contre le contenant de ces messages. Car c'est bien au niveau du contenant, de la forme, que se situent les virus du langage.

Apprendre à établir un vrai dialogue, prendre conscience de ces phrases prêtes à consommer, héritées de nos parents ou imposées à notre insu par notre entourage familial ou professionnel n'exigent pas un diplôme de psychologie. La plupart des refrains verbaux polluants font partie du paysage sociétal ou audiovisuel. Apprendre à écouter au lieu d'entendre, les autres mais soi aussi, s'attacher au contenant, la manière de le dire, autant qu'au contenu sont les premiers pas vers un discours (re)valorisant. S'écouter parler n'est pas une déviance narcissique mais une manière de mieux exister.

Car si les mots ne peuvent pas tout, ils peuvent beaucoup !


Les ateliers des mots 

© 2011 Agence Web - Tours (37)